11.08.2008
Deuxieme recit: Perou-Bolivie
Notre nouveau site Web (qui fonctionne cette fois): www.voyagemelaniestuart.blogspot.com
Les photos: http://picasaweb.google.com/atanaeldecyrdee
C'est avec beaucoup de retard que je vous envoie les nouvelles de Cuzco (Perou) jusqu'au bout de la Bolivie. C'est que le rythme du voyage, des decouvertes et des rencontres ne permet pas toujours de prendre le temps de mettre en forme les recits promis.
C'est d'Ushuaia, donc, que je vous livre le deuxieme chapitre de notre petit periple autour de la planete, alors que cela fait presque plus d'un mois que nous avons quitte la Bolivie.
Cuzco est devenu un chancre a touriste, l'harcellement est permanent, et meme la prostitution y a fait une entree fracassante sous forme de jeunes filles vous offrant des massages a tous les coins de rue, a la maniere thaillandaise... Les batiments et l'architecture si typique du centre, eux, sont heureusement restes intacts, et les innombrables echoppes d'artisanat qui sont apparues permettent au voyageur de penetrer dans les beaux patios des vieux batiments colloniaux, jadis fermes, sous le pretexte de regarder l'un ou l'autre vetement ou objet fait a la chaine. Finie l'epoque des petites trouvailles originales, ce qui est aujourd'hui vendu au touriste semble presque partout etre tristement identique.
Si Cuzco etait le coeur et le systeme nerveux central du Tahuantinsuyu (l'empire Inca), les alentours immediats en etaient les autres organes vitaux. Et, parmi ceux-ci, la vallee sacree, allant de Pisac au Macchu Picchu, etait l'un des principaux.
A la maniere des anciens maitres des lieux, nous avons rejoint cette vallee sacree a pied en empruntant un antique chemin Inca passant par des paysages epoustouflants. Notre chemin, en compagnie d'un couple de sympathiques autostoppeurs quebecquois (descendu en stop depuis le Yukon), nous a enmenes depuis le petit site de Tambo Machay, fontaine sacree des Incas, a travers de hauts vallons couverts d'une herbe jaunie (la Puna) sur laquelle paissent alpagas, lamas et moutons, jusq'au joli petit site de Huschuy Cozco qui domine la vallee sacree. Sur ce vieux chemin inca bien conserve, nous avons sans doute passe notre nuit la plus froide sous la toile, a 4200m d'altidute par moins assez que pour couvrir la tente et les allentours de glace.
Quelques jours apres, le site de Pisac se livrait a nous, un site multiple mellant a la fois le sacre et le millitaire a la maniere inca. Un site qui demeure sans doute la ruine inca qui m'est la plus chere.
Ollantaytambo, autre site majeur, viendra ensuite, premice et vestibule a la partie sauvage de la vallee, au fond de laquelle se cache le Machu Picchu. Enfin, se cachait jusqu'a sa decouverte en 1907 par un certain Hiram (Bingham), car depuis lors des hordes de touristes l'assaillent quotidiennement. Mais les hordes, comme les meutes, restent groupees, et le site, pour le voyageur qui n'a pas peur de s'ecarter un peu, demeure magique et somptueux. Une vaste ville en ruine, logee au coeur d'un decor epoustouflant, au millieu duquel on se prend a rever a d'autres villes cachees ou perdues, peut etre quelque cite d'or...
Laissant la capitale dechue de l'empire disparu derriere nous apres pres de trois semaines passees en son sein, notre petite bande (nos symthapiques autostoppeurs et nous) est descendue jusqu'au cote bolivien du lac Titicaca, a travers d'autres paysages formidables de l'altiplano, entre montagnes et plaines couvertes d'un tapis d'herbe doree jusqu'a l'or par le soleil, sous un ciel bleu fort et pur a travers lequel on peut presque appercevoir l'espace.
L'entree en Bolivie ne sera point fracassante, un changement de frontiere sans plus... Et Copacabana, notre premiere destination au bord du Lac sacre sera, hormis les delicieuses (presque divines) truites qui y sont servies, decevante a present. Le lieu, comme tant d'autres vus au Perou, est devenu un chancre a touriste. Il reste neanmoins le point d'acces a l'ile du Soleil, berceau des premiers incas selon la legende. Cette ile, et les eaux tres bleues l'environant, ressemblent etonnament aux paysages grecs des cyclades, mis a part le grand froid et le manque d'oxygene de ces lieux-ci. Le relief du Sud de l'ile est decoupe d'innombrables terrasses de pierres datant des incas ou d'avant, certaines encore utilisees, ce qui est, helas, devenu trop rare. Le hasard a voulu que nous y arrivions durant la fete anuelle de la communaute. Les femmes ont revetus leur plus belles jupes jaune canari ou bleu petant, et les hommes leur beaux chapeaux. Le biere et l'acool coulent a flot, les premieres goutes toujours versees au sol en remerciement a la Pachamama pour ses bienfaits. Mais avec le jour qui tombe et la biere qui coule, les coups se mettront a pleuvoir. D'abord entre deux protagonistes saouls, pour s'etendre a une grosse bande. Qu'importe les nez casses et l'hemoglobine qui en coule, de façon tres andine chaque goute de sang tombant a terre est considere comme la meilleure offrande qui puisse etre faite a la terre...
L'immense ville de La Paz, sommet de toutes les tensions sociales et economiques du pays, fut notre prochaine etape. Ses bidonvilles et sa zone "pauvre", nommee El Alto, se trouvent a plus de 4000 m d'altitude, dans le vent, le froid et le manque d'air, alors que ses quartiers chics, demeure des tres riches, sont, eux, a plus de 1000 metres plus bas... Chaque jours, de nouvelles cabanes de plastiques ou de toles apparraissent par dizaines a El Alto. La Paz, bien que n'etant toujours pas la capitale officielle du pays (qui est Sucre) est le concentre de tout ce qui se passe dans le pays, c'est ici que les ambassades etrangeres ont elus domicile, c'est depuis ses murs qu'Evo Morales, premier president indigene, et socialiste de surcroit, essaye de changer la destinee de la majorite de son peuple (compose a plus de 75% de "population native", terme politiquement correct pour designer la popultaion indigene). Devant les nationalisations, les programmes d'alphabetisations et de sante, et la re-legalisation de la feuille de coca (qui sert en fait a beaucoup d'autres choses que la seule production de drogue, et qui garde un immense role rituel et symbolique pour les peuples andins) mis en place par Evo, comme l'appellent affectueusement ses camarades, l'opposition des anciennes elites economiques est forte, parfois violente et souvent vicieuse. La reaction de ces gens face aux luttes et aux revendications sociales, qui ont finalement conduit Evo a la presidence, a laisse de nombreux stigmates sur les murs de la ville, a tel point que de nombreux impacts de balles sont encore visibles sur les batiments de la place principale. Aujourd'hui leur resistance prend des formes nouvelles: blocages des marches economiques, des routes, ..., et creation ou soutient des mouvements autonomistes (et plutot bourgeois) des provinces les plus riches, avec la benediction de l'oncle Sam.
La pollution de la ville devenant vite irrespirable, le chemin de Coroico et des Yungas, ces vallees descendant des hauteurs vers la pampa et la jungle (beaucoup plus basses), s'est impose a nous. Nous y etions en pleine zone "traditionelle" de production de la coca. Un jour, devant l'annonce d'une visite surprise du president, plus de 6000 personnes venues des communautes alentours se sont reunies au pied leve pour saluer ce camarade qui a rendu aux producteurs de la feuille leur fierte. Je m'etais joint a eux, et, une fois la mefiance qu'inspire pour eux ma tete de gringo passee, le contact devint chalereux et fraternel, et les discussions sur le socialisme d'ici et d'ailleurs passionnantes... En dix ans, ce peuple, qui avait jadis lamentablement re-elu Hugo Banzer (ancien dicateur prenant conseil aupres de Klaus Barbie, le nazi), s'est transforme. Il s'est incroyablement politise. Il a pris, semble-t'il, conscience de ses interets propres, de ses forces, et de ses possibilites. Bon, c'est au moins ce que m'inspirait, a ce moment, l'enthousiasme et les dires de la foule reunie. Certains de mes interlocuteurs voulurent absolument presenter ce camarade socialiste venu de Belgique a leur representant principal... Le sous prefet principal de la region des Yungas, second apres le prefet (sorte de gouverneur de la region), etait un fort bonhomme tres sympathique et tres interressant, a la joue fortement deformee par une grosse boule de feuille de coca qu'il machait.
Helas, Evo ne viendra pas, et la deception de la foule de camarades fut enorme... Evo, en pleine campagne electorale pour un referundum sur l'unite du pays, quelle erreur!
Apres quelques jours de repos, nous reprimes le chemin de la pampa, pour arriver a Rurrenebaque, joli village situe a la limite des derniers contreforts montagneux et du bassin amazonien, sur les rives d'un fleuve m,ajestueux. La chaleur et le climat, apres les rudesses de l'altitudes furent vraiment bienvenus. Notre objectif etait d'aller decouvrir un peu la pampa (plaine semi herbeuse semi marecageuse, entrecoupee par de nombreux morceaux de jungle), et sa faune abondante. C'est en compagnie d'un couple de Tcheques fort sympathiques, que nous remonterons une riviere, situee en plein parc naturel, en pirogue a moteur. Nous y verrons une quantite incroyable d'aligators et de caimans (le plus grand depassant les 4.50m), d'oiseaux, de singes (capucins et hurleurs), et meme des dauphins roses d'eau douce. 4 jours et 3 nuits passes en pleine pampa, nous ont enchantes. Et l'experience finale, tres touristique certe, restera sans doute un des moments magiques de mon histoire personnelle: la baignade dans des eaux brunes au milieu des dauphins roses, jouant tout autour, la ou quelques minutes auparavant de nombreux aligators se doraient sur les berges...
Le retour a Paz depuis ce paradis tropical nous fera l'effet d'une teleportation vers le royaume des glaces eternelles. 19 heures d'un bus local, bonde et trop etroit, sur une piste infame pour plonger de 30 degres a moins 5, en arrivant a 4 heures du matin dans un des lieux les moins sur de la ville... C'est dire que la ville ne nous manquera point.
Potosi, notre destination suivante, est la vieille ville miniere coloniale par excellence. Situee a plus de 4000m au pied du Cerro Rico, d'ou furent extraits, du 17eme au 18eme, assez de minerai que pour construire un pont en argent massif d'ici a Madrid, c'est une ville qui brille par son architecture coloniale demeuree presqu'intouchee: De beaux edifices colores decores de moulures gravees ou sculptees, d'ou ressortent de belles terrasses couvertes faites de bois, lui aussi rempli de scenes ou de motifs graves, des eglises dont les porches et les portes etalent une richesse de gravures, statues et autres motifs fleuris, et d'anciens palais de vice-rois ou d'eveques espagnols convertis en musees. C'est qu'a l'epoque de sa gloire Potosi etait plus grande que n'importe quelle ville du monde connu (entendez d'occident).
Aujourd'hui la ville reste un centre minier d'importance et le cerro rico (montagne riche) domine toujours la ville de sa masse imposante, quoi que les filons d'argent se fassent de plus en plus maigres. Pour quelque sous, un ancien mineur reconverti en guide touristique enmene les voyageurs au coeur du labyrinthe souterrain, l'antre du Tio, maitre de l'inframonde qu'il faut accomoder par quelques offrandes, d'alcool, de coca et de tabac.
Cette visite est sourtout l'occasion de se rendre compte des conditions de travail inhumaines dans ce gruyere geant, et de rencontrer les mineurs qui en vivent. Ceux-ci, pour quelques dons de coca, d'alcool, de tabac ou de dynamite, expliquent bien volontier leur vie et leur ouvrage. Ils peuvent travailler jusqu'a 20 heures par jours pour arriver au quota de minerai qui leur est impose, filtrant, selon eux, l'air vicie en machant la coca, pour un salaire de 80 a 180 dollars par mois... Rares sont les mineurs qui vivent vieux, et dire que les patrons (d'anciens mineurs reconvertis) des "cooperatives" minieres gagnent, eux, de 5000 a 8000 dollars par mois! Ceux-ci, a la maniere des barons de la drogue en colombie, n'hesitent pas a s'exhiber dans les 4x4 americains les plus chers (Hummer et autres). Afin d'en finir avec ses cooperatives qui n'en sont plus, le gouvernement pense serieusement re-nationaliser les mines de Potosi.
Apres les mines d'argent, nos pas prendront la direction du gigantesque Salar d'Uyuni, immense lac sale situe au coeur des andes. Region la plus fantastique, litteralement, du monde a mes yeux, le sud-ouest bolivien est un ecrin d'etranges merveilles naturelles. Le salar lui meme en est le coeur, etandue de sel enorme, grande comme un tiers de la Belgique, a la surface decoree de polygones emboites les uns aux autres sous l'effet physique des cristaux de sel. Viennent ensuite volcans parfaits et monts anciens aux couleurs melant l'ocre, les roses, les oranges, les beiges et les rouges, lagunes colorees, vertes, blanches et rouges, dans lesquelles se baignent de nombreux flamands (roses), d'etranges formes de pierres, qui donnent l'impression d'etre les ruines d'une antique civilisation de geants ou d'atlantes, sculptees sous l'effet de l'erosion eolienne. Le tout agremente de mirages incessant, de troupeau de vicognes (sorte de petit lama sauvage a la laine precieuse), et de sources thermales et de geysers.
C'est en passant a travers ces paysages dignes, ici, de Mars, la bas, de Jupiter, et ici encore, de Neptune, que nous franchirons la frontiere vers la Chili.
Pour les impressions generales, certaines sont deja coulees dans la partie superieure du texte, mais la Bolivie a beaucoup souffert et souffre encore. Certains endroits, comme l'Ile du soleil et Copacabana sur le lac Titicaca, qui etaient de hauts lieux de rencontre et d'accueil, ont perdu beaucoup de leur authenticite sous le deluge de touristes, pour se metamorphoser, helas, en repaire de vampire a fric.
La Paz, qui m'etait si chere apres mon premier periple, a perdu toute grace a mes yeux. Un flot incessant et incontrole de vehicules en plus ou moins mauvais etat engendre une polution piquant les yeux et les bronches. Ville la plus sure d'Amerique du sud il y a 10 ans, il est devenu tres imprudent de s'y promener tard. Agressions et anarques en tout genre sont, ici, des histoires tristement communes aux dires meme des habitants. La Paz, n'est plus, non plus, le lieu des bonnes affaires d'antant, l'artisanat est partout uniforme a celui du Perou. L'antipathie envers les gringos y est devenue tres forte (visant surtout les nord americains, mais tous les blancs bien blonds y sont vus comme tels), a tel point que les Chulitas (femmes aymara en habits traditionnels, jupes bouffantes et chapeaux melons) refusent regulierement de vendre ou de negocier leurs marchandises avec les etrangers, parfois meme dans des magasins touristiques, usant a l'ocasion d'insultes pour ce faire...
Le pays est regulierement en proie a des blocages routiers generaux qui paralysent les pays des jours, voire des semaines, durant, le plus souvent fruits de syndicats de gros proprietaires, transporteurs ou producteurs, mecontends des reformes d'Evo Morales qui risquent de diminuer substanciellement leurs benefices. Par chance, nous sommes passes entre les goutes de l'orage.
Il y a un tel probleme de transport de personnes, quand les transports peuvent passer, que les bus sont bondes, des sieges fantomes (qui n'existent pas) sont vendus a d'infortunes pigeons, le droit d'occuper un morceau de couloir est vendu aussi cher qu'un siege, et dans le bus allant jusqu'a Potosi, le chauffeur avait vendu des places "en soute" pour 4 ou 5 passagers. Pauvres eres qui ont passes 12 heures de route entasses dans la soute, comme du betail!
Pourtant il y a aussi du positif! Une partie grandissante de la population se politise comme je le disais plus haut, prenant conscience de son rapport de force de classe. Les nationalisations commencent a faire rentrer d'importants dividendes au pays, et les campagnes d'alphabetisations et de sante portent leurs premiers fruits.
Les conditions de travail des mineurs, qui, si elles restent inhumaines, se sont legerement ameliorees en 10 ans. Tous les mineurs que nous avons vu ont des casques, des combinaisons et des lanternes electriques a present (contre de simples chapeaux de cuir bouilli et des lanternes a flammes lors de ma premiere visite).
L'espoir, pour une grande partie de la population, s'appelle MAS (litteralement: PLUS), le Mouvement Au Socialisme. Mais le MAS, et son president Evo Morales, vont bientot affronter leur plus grand challenge democratique: Le referundum pour ou contre l'autonomie des provinces faisant suite a la declaration d'independance surprise de la province de Santa Cruz (plus grande productrice de richesses et d'entrees financieres du pays). Si l'unite l'emporte, Evo pourra continuer les reformes. Sinon le pays replongera dans un chaos indescriptible dans lequel les perdants sont deja connus...
09:02 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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